Des femmes qui tombent ; auteur : Pierre Desproges

Publié le par Nat

Adeline Serpillon appartenait à cette écrasante majorité des mortels qu'on n'assassine pratiquement pas.
Elle n'avait pas d'argent, pas d'amour, pas de haine, pas d'attraits. Ses convictions politiques l'amenaient à conspuer doucement les augmentations du prix du gaz, rarement au-delà. Elle était moyenne avec intensité, plus commune qu'une fosse, et d'une banalité de nougat en plein Montélimar. Hormis le chat gris mou qui dormait sur son lit, personne ne se retournait sur elle, et encore moins dessous. Depuis quarante ans, elle rapetissait à petits pas derrière le comptoir de bois ciré de sa mercerie qui sentait le miel et la sciure fraîche, sans qu'on la prît jamais en flagrant délit de bonne ou de mauvaise humeur.

Publié dans Incipit

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tatie grenouille 28/05/2009 15:02

Trés beau texte!!!N°de mon fil 1335 de chez Anchor!!!Ils sont plus jolis que les DMC.

Nat 28/05/2009 15:38


Chouette, merci!! J'irai voir mon vendeur de fils Anchor...


Lil 28/05/2009 09:48

J'aime beaucoup l'expression : moyenne avec intensité. Toujours au top des jeux de mots, desproges.

Nat 28/05/2009 11:05


Desproges est mon idole depuis toute petite...


JOe 26/05/2009 21:48

Ah ben vé, voici un p'tit'morceau qui donne vraiment envie de lire ce livre. Bizzzzzzzzzzzzzz

Nat 28/05/2009 11:04


Oui, mais attention, ne pas croire que parce que c'est Desproges tu vas bien te marrer... au contraire, c'est à déconseiller en période de déprime!! Parce que c'est de l'humour très très sombre...